LONGING

Réalisateur Savi Gabizon – 1h43

Shai Avivi, Asi Levi, Shimon Mimran, Neta Riskin, Yoran Toledano

VENISE 2017 : L’Israélien Savi Gabizon revient après 14 ans d’absence avec une réflexion sagace et émouvante sur la notion de paternité qui sait aussi sourire de la mort

Devenir père quand son enfant est mort. Cela paraît paradoxal, mais c’est ce qui arrive dans le beau film de Savi Gabizon, Longing [+], qui a fait son avant-première mondiale aux Journées des Auteurs, dans le cadre de la 74e Mostra de Venise. Le réalisateur israélien, après trois films couronnés de succès suivis de quatorze ans d’absence, nous livre avec son nouveau long-métrage une réflexion sagace, douce-amère et émouvante sur le rôle de parent, la peur de le devenir et l’égoïsme, mais aussi sur la possibilité de s’ouvrir au monde, de se redécouvrir et de voir au-delà de soi-même.
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Shai Avivi est un des acteurs comiques isréaliens les plus connus, mais Gabizon en a fait un homme mou, seul, confus, dont la vie est bouleversée par une nouvelle qui remet tout en question. En effet, cet homme, Ariel, se trouve un jour convoqué dans un bar par sa petite amie d’université, qu’il n’a pas vue depuis vingt ans. Le réalisateur, également auteur du scénario du film, ne perd pas de temps et nous catapulte dès la première scène dans un dialogue entre son héros et Ronit (Asi Levi), qui commence par des sourires gênés et devient de plus en plus tendu, jusqu’à la révélation du vrai motif de leur rencontre : de leur relation est né, il y a vingt ans, un fils qu’Ariel n’a jamais connu et qu’il ne connaîtra jamais, le jeune homme étant mort récemment dans un accident. Soudain, lui qui n’a jamais eu d’enfant se retrouve face à une occasion perdue.

Suit un parcours au fil duquel Ariel apprend à connaître son fils perdu, en recomposant pièce par pièce la personnalité de cet enfant fantôme, avec ses côtés lumineux et ses facettes sombres, une figure que le scénario, très bien écrit, parvient à dévoiler par petites doses, à travers les conversations successives d’Ariel avec les gens qui ont connu son fils : sa petite copine, son meilleur ami, mais surtout Yael (Neta Riskin), la jeune enseignante dont le garçon était fou amoureux, qui était la source principale de ses tourments, et l’objet de poèmes bouleversants. Petit à petit, Ariel entre sans son rôle de parent, prenant la défense de son fils quand c’est nécessaire et parlant de lui comme s’il l’avait connu, mais surtout cherchant à résoudre à sa place les questions restées en suspens. Ainsi, le drame présente de nombreuses situations cocasses qui font sourire. Ce besoin de légèreté domine même la deuxième partie du film, à partir du moment où Ariel décide d’organiser un mariage entre son fils défunt et une jeune disparue, un mariage entre deux jeunes morts qui pourrait, selon une tradition orientale, leur garantir une meilleure existence dans l’au-delà. C’est une mission quasi-impossible, mais où notre héros voit une petite possibilité de faire au moins une chose pour le fils qu’il n’a pas connu.

“Quel père aurais-je été ?” : à cette question, Ariel ne pourra jamais répondre, mais dans son parcours de la solitude et de l’individualisme au partage et au dépassement de ses propres traumatismes, il va mieux se connaître et guérir quelques blessures. Longing est l’histoire d’un individu qui se voit accorder une autre chance, une histoire un peu bizarre peut-être, mais néanmoins relatée avec mesure et sensibilité, et une capacité à exalter la vie en souriant même un peu de la mort.

 

 

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