TEMPETE DE SABLE

 

Réalisatrice Elite Zexer2016 – 1h 27min

 

Avec Lamis Ammar, Ruba Blal, Hitham Omari

Tempête de Sable est une plongée dans une petit village bédouin. Nous y rencontrons une famille dont la vie va être bouleversée par les choix de chacun. Jalila, mère de quatre filles, voit son mari épouser une seconde femme plus jeune. Elle subit cette humiliation avec force et courage. Elle découvre, le jour du mariage, que sa fille aînée, Layla entretient une relation avec un jeune homme qui va à l’université avec elle. Jalila comprend ce que cela peut signifier  pour sa fille et fait tout pour arrêter cette relation. Layla, de son côté, n’en fait qu’à sa tête, croyant pouvoir changer les traditions.

Deux visions s’opposent dans ce film. La mère représente la tradition. Elle connait sa place dans la famille et fait tout, malgré les apparences, pour sauvegarder ses filles. Layla représente la modernité. Elle va à l’université, elle étudie et a un téléphone portable. Sa relation avec Anuar est interdite (son père doit choisir son futur mari) mais elle veut bousculer les traditions pour pouvoir vivre sa vie pleinement. Ces deux visions sont bien introduites par le biais des personnages et le contexte, mais offre aussi de surprenant rebondissements quant à l’évolution des personnages. On sent que les désirs de Layla ne sont pas que les siens. Il suffit de voir la discussion qu’elle a avec la seconde femme de son père pendant un court instant pour se rendre compte qu’elle n’est pas la seule.

Triomphe d’un film israélien au festival Sundance

 

3 février 2016

Eretz Aujourd’hui

Un film israélien sur des femmes bédouines qui se battent contre un pays conservateur, «Tempête de sable», a remporté le Prix du Grand Jury du Cinéma mondial au premier festival du film américain.

Le film israélien « Tempête de sable », réalisé par Elite Zexer, a remporté le Prix du Grand Jury du Cinéma Mondial du Festival du film Sundance, dimanche. Le film, qui traite de la situation des femmes bédouines qui luttent contre une société conservatrice, est le premier long métrage de la réalisatrice israélienne. C’est un accomplissement rare pour un film israélien dans un festival de cinéma réputé, où les talentueux Quentin Tarantino et frères Coen ont été découverts.

Elite Zexer a battu onze autres films du monde entier dans sa catégorie. C’est la deuxième fois qu’un film de fiction israélien remporte ce prix. Dror Shaul l’a remporté pour son film « Sweet Mud » en 2007. En 2012, le film israélien « The Law in These Parts » a remporté le premier prix du documentaire au monde.

«C’est tout simplement fou d’être ici à Sundance toute la semaine et d’obtenir des éloges de la part des gens qui vous reconnaissent dans la rue et qui vous disent qu’ils ont été si émus par votre film, le prix est maintenant la cerise sur le gâteau », raconte Elite Zexer. « Il y a beaucoup d’amateurs de cinéma qui viennent pour voir un type de cinéma, des films qui diffèrent de la norme d’Hollywood. Quand ils saluent une expérience différente que vous leur avez apportée, il n’y a rien de meilleur ».

« Tempête de sable » se concentre sur l’histoire de deux femmes bédouines, une mère et sa fille, qui traversent une période explosive alors que la mère organise le mariage de son mari avec une autre femme. Le protagoniste est joué par Lamis Ammar, dans son premier film, avec Ruba Blal-Asfour et Haitham Omari.

Le tournage du film a duré plus de cinq semaines dans les villages bédouins du Néguev et se base sur « Tasnim », un court métrage primé dirigé par Zexer alors qu’elle était étudiante au Département de cinéma et de télévision à l’Université de Tel Aviv. Outre son prix, « Tempête de sable » a reçu des critiques très positives dans de grands médias tel que le Los Angeles Times. La date de la diffusion du film en Israël n’a toujours pas été fixée.

Le Festival Sundance, fondé à la fin des années 1970 par Robert Redford – qu’Elite Zexer a rencontré lors de l’ouverture du festival cette année – est considéré par beaucoup comme le meilleur endroit où les petits films indépendants peuvent éclater au grand jour.

Tempête de sable, le premier film d’Elite Zexer est sorti le 25 janvier 2017. Dans ce dernier, la cinéaste aborde les contradictions de la société bédouine prise entre modernité et traditions. Retour sur la création du long-métrage avec la réalisatrice.

INTERVIEW pour « au féminin » : Comment vous est venue l’idée du film ?

Elite Zexer : Tout a démarré avec ma mère. Elle est photographe et il y a dix ans, elle a commencé à faire des images dans un village bédouin. Elle s’y est attachée et est devenue très amie avec beaucoup d’habitants, surtout des femmes. Elle a embarqué toute la  famille   avec elle donc avec mon père et ma sœur, nous avons commencé à passer beaucoup de temps dans les villages. On y allait les week-ends et pendant les vacances. On y passait vraiment tout notre temps.

Layla est une femme forte qui n’a pas peur de combattre les traditions. Comment avez-vous créé son personnage ?

Quelque temps après que nous ayons commencé à visiter les villages, on a rencontré une jeune femme qui était la première de son village à aller à l’université. Là-bas, elle a rencontré un jeune homme dont elle est tombée amoureuse. Quand sa famille l’a découvert, ses parents lui ont dit qu’elle ne pouvait plus aller à la fac et qu’elle devait épouser l’homme qu’ils lui avaient choisi dans leur propre village. Au début, elle était tiraillée par la situation, elle ne savait pas quoi faire. Finalement, elle a décidé qu’elle ne pouvait pas faire de mal à sa famille et qu’elle allait rester à la maison, épouser l’homme qu’on lui avait choisi. Lors de la soirée de son mariage, elle se tenait dans sa nouvelle chambre qu’elle n’avait jamais vue, parce que selon la tradition, c’est le mari qui construit la maison du couple. Nous étions avec elle avec ma mère et on entendait les hommes amener le jeune marié jusqu’à la maison. Un homme qu’elle s’apprêtait à rencontrer pour la première fois. Elle s’est tournée vers nous et elle nous a dit que pour sa fille, les choses seraient différentes. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait que je fasse le film. Et c’est arrivé 10 ans plus tard.

Pourquoi est-ce que cela vous a pris tant de temps ?

Cela m’a pris du temps parce que j’ai réalisé que si on fait un film sur une culture différente de la nôtre, il faut que ce soit vraiment authentique et on doit savoir de quoi l’on parle. Donc j’ai d’abord décidé de faire un test pour voir si cela marchait pour moi et les Bédouins. Ainsi, j’ai réalisé un court-métrage baptisé Tasnim. C’est l’histoire d’une fille de 10 ans dont le père revient au village pour la première fois depuis son mariage avec sa deuxième femme. Elle est très attachée à lui et lui court après pendant tout le film. A la fin, elle comprend que les choses sont différentes. C’est en quelque sorte une histoire sur le passage à l’âge adulte de cette petite fille. Pour ce film, j’ai engagé une équipe et nous avons tous dormi dans les villages bédouins pour y tourner et nous avons senti qu’il s’y passait quelque chose de spécial. Quand j’ai eu terminé le film, j’ai donné des DVD aux villages et pendant des mois, les habitants m’ont répété : « Quand est-ce que tu reviens ? Quand fait-on la version longue du film ? ». Alors je me suis dit que je pouvais commencer à travailler sur le long-métrage. Cela m’a pris cinq ans pour l’écrire car je voulais vraiment capturer leur point de vue, la manière dont ils perçoivent la réalité et comment ils comprennent leur culture. Je ne voulais pas que les personnages pensent à ma façon, mais comme les Bédouins. Quand j’allais dans un village et j’entendais une histoire ou un point de vue, je rentrais chez moi pour le retranscrire. J’ai fait des retouches pendant des années jusqu’à ce que j’arrive à avoir quelque chose d’authentique.

Puis, il a fallu trouver les financements. Cela m’a pris un an pendant lequel j’ai aussi fait les castings. Et enfin une autre année pour faire le film.

Ce qui est frappant dans « Tempête de sable », c’est le personnage du père, Suleiman. Il a l’air d’être un homme progressif : il apprend à conduire à sa fille, veut qu’elle soit éduquée… Et en même temps, il épouse une seconde femme…

Je pense que le père est coincé dans la situation, comme tout le monde. La réalité est complexe et il est coincé dedans. Au début du film, il se voit comme un bon père de famille. Il aime sa femme et ses filles. Puis il n’a pas d’autre choix que de faire certaines choses. Pendant le film, il n’est plus ce qu’il pensait être : il n’est plus un bon père, plus un bon mari. Soudain, il n’est plus aucune des choses qu’il aimait être. Quelque chose qu’il ne peut pas gérer alors il s’effondre. C’est un personnage qui est aussi basé sur quelqu’un que je connais.

© Vered Adir

Le personnage de la petite sœur de Layla est aussi intéressant. Elle porte des jeans, reste avec des hommes. Est-elle la représentation de la nouvelle génération qui, elle, aura l’opportunité de choisir ?

Ce que j’ai essayé de montrer, c’est que les Bédouins sont à un moment où la société change. Ils sont en train d’essayer de   faire face au fait qu’ils s’ouvrent à quelque chose de très moderne tout en luttant pour ne pas perdre tout ce qu’ils aiment de leur culture. C’est un débat ouvert. Les hommes en parlent, les femmes en parlent… C’est quelque chose dont ils ont conscience. Et je ne sais pas comment cela va finir. Personne ne sait ce qui va se passer. Je voulais que les gens regardent ce personnage à la fin du film et se demandent ce qui adviendra dans le futur. Je n’essaie pas de dire qu’elle sera différente ou pas, je soulève la question.

« Tempête de sable » est votre premier film. C’était le choix d’Israël pour être représenté aux Oscars. Ça fait quel effet ?

C’est génial. En Israël, le film qui est nommé pour représenter le pays aux Oscars est celui qui gagne le prix du meilleur film des Ophirs Awards, les Oscars israéliens. Et cette nuit-là était surréaliste pour moi… On était nommé pour 12 récompenses. C’était comme une réunion de toute l’équipe car on était une trentaine. On a gagné 6 awards… Et à la fin, il n’y avait pas de soirée organisée. Avec l’équipe nous sommes donc allés faire la fête dans un bar de Tel Aviv. Et dans la nuit, je me suis retrouvée en  robe de soirée et talons avec ma statuette, sans argent, et sans moyen de locomotion pour rentrer chez moi. Je suis finalement rentrée à pied et les gens dans la rue me demandaient ce que j’avais dans la main. Et je criais : « J’ai remporté un prix de meilleure réalisatrice ». Et toute la rue m’applaudissait.

Pensez-vous que les femmes sont assez représentées dans l’industrie du cinéma ?

Je pense qu’en Israël, la situation s’améliore. Nous ne sommes pas à égalité et nous devons pousser pour que ce soit le cas. Mais quand j’ai réalisé Tasnim, j’ai gagné un prix lors d’un festival israélien pour le meilleur film réalisé par une femme parce que cette année-là, j’étais la seule réalisatrice. Et aujourd’hui, un tiers sont réalisés par des femmes. C’est un grand changement en six ans et j’espère que ça continuera comme ça. Je pense que nous allons dans la bonne direction.

Elite Zexer

est une réalisatrice et scénariste israélienne, diplômée de l’université de Tel Aviv où elle a obtenu un BFA et MFA, ce dernier en réalisation. Elle réalise plusieurs courts-métrages dont Take Note (2008), qui remporte le prix du meilleur film de fiction au festival international du film étudiant de Tel Aviv, et Tasnim, qui a participé à plus de 120 festivals de films à travers le monde et a remporté plusieurs prix internationaux. Son premier long métrage, Tempête de sable a reçu le European Film Awards – Prix du Cinéma Européen 2016.